Le Club des Insurgés

29 juin 2017

La nouvelle économie : fin du capitalisme et retour à la féodalité ?

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C'est une révolution dont vous n'entendez pas parler mais qui en amènera d'autres, plus facilement appréhendables pour le commun des mortels. Le modèle économique qui a émergé ces dernières années n’a rien d’abouti, il n’en est même qu’à ses premiers balbutiements. C’est l’ébranlement d’un train qui accélérera un jour pour nous mener en rêves ou en cauchemars mais loin, très loin, de ce que nous connaissons à ce jour. 

Cette révolution est assurément celle de la propriété. Le caractère consumériste de notre société nous pousse depuis les années soixante à vouloir ce que nous n’avons pas. Mais notre comportement a évolué. Il est désormais beaucoup infamant qu’avant d’utiliser ce que nous ne possédons pas : location, mise à disposition, co-voiturage, etc. D’autres détiennent la propriété , nous jouissons. L’économie de service en est arrivée à ce point où l’existant technologique n’est plus masse de choses à acquérir mais plateforme de services à exploiter sans limite.

Imaginez que, demain, Uber s’achète une flotte de véhicules auto-pilotés. Quel intérêt aurez-vous encore à posséder une automobile ? Vous payerez un forfait pour être emmenés à chaque déplacement ! Les volumes de vente (de service) seront assez conséquents pour que cette location journalière soit une meilleure opération économique que l’achat et l’entretien de votre véhicule. Comme un co-voiturage géant. 

Il pourrait en être de même demain de nombre de biens que vous possédez peut-être encore mais que vous partagez déjà pour limiter vos coûts. Un empire économique posséderait tout et vous loueriez la mise à disposition. Posséderez-vous toujours un iPhone si cela vous revenait beaucoup moins cher de le louer et qu’il en faut déjà un neuf tous les ans pour être « à la page » ? Après tout, l’important ne réside t-il pas dans ces précieuses données personnelles que vous stockez dans le cloud ? Dans l’espace de stockage que vous louez pardon.

Les espaces d’échanges numériques (les réseaux sociaux) sont déjà une source d’informations considérable pour les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Une gigantesque plateforme de surveillance aussi. Tous ceux qui croient profiter d’un espace de liberté pour communiquer sur leurs initiatives personnelles devraient se méfier car ils se placent eux-mêmes sur une place de marché. Un bon « youtubeur », un artiste indépendant aux multiples « followers » finiront tous deux happés par une maison de production tentaculaire. Ces dernières verrouilleront demain la propriété de leurs oeuvres grâce aux nouvelles technologies numériques qui rendront la propriété intellectuelle ou non inviolable, notamment grâce à la blockchain. Concentration de la propriété, inviolabilité parfaite de celle-ci, mise en location. Tiercé gagnant.

La propriété d’un petit nombre qui ne peut rester ce qu’elle est par une mise à disposition permanente au profit des consommateurs est le stade ultime du capitalisme mais aussi et paradoxalement son terme. La vulnérabilité du petit nombre sera telle qu’il lui faudra endosser une fonction politique pour survivre : dominer l’obligera à devoir assurer la paix sociale, encourager et mener des politiques de charité pour les marginalisés du système (revenu universel minimum par exemple), encourager les échanges par le renouvellement systématique de l’offre (l’innovation, déjà encensée aujourd’hui).

C’est le retour au modèle socio-économique féodal. Le seigneur possède tout mais, en contrepartie, doit protéger ses gens contre la guerre et les calamités. Les gens, eux, profitent de ce que l’on appelait jadis des « communs »: four, moulin, puit. La rétribution de la mise à disposition, c’était l’impôt. Comme quoi, sous ses oripeaux ultra-progressistes, notre modernité est résolument réactionnaire !

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09 mai 2017

Le regard sur l'actualité de Lesco Griffe

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06 mai 2017

Chroniques d'une élection : Notre démocratie meurt de faim

La campagne présidentielle arrive à son terme. Enfin. Ce fut un mauvais moment à passer. Pour tout le monde. Je retiendrai le souvenir d’une célébration de la décérébration, d’une surenchère des postures moralisatrices et d’une vacuité idéologique aberrante. La réquisition de la scène politique par une poignée d’individus insignifiants, diplômés de pacotille, qui se rêvent en sauveurs d’une humanité fourvoyée a répondu à l’hystérie stérile de groupuscules minoritaires qui ne demandaient pas meilleure publicité. En l’absence d’échanges d’arguments, de visions sociales, sociétales, économiques ou écologiques de niveau technique honorable, on a sondé les coeurs et les âmes. D’inquisitions en anathèmes, de procès d’intention en buchers médiatiques, les e-prêtres connectés ont démontré que mêmes les intentions louables pouvaient se muer en démagogie maniaque. Pauvres de nous. Nous qui furent sur la barricade idéologique du « ni rouge, ni brun » que nous nous étions jurés de tenir jusqu’au bout lorsque, par une nuit de printemps de 2008 à Calais, les communistes tombaient. Depuis, notre rêve est devenu cauchemar: il n’y a plus de rouge ni de brun, juste la haine. Juste l’intolérance. Facebook est devenu l’oeil qui voit tout. Plus de discussion ni de débat avec l’adversaire ne sera désormais toléré. Le clocher politique est défendu aujourd’hui avec la dévotion du djihadiste alors que tous les clochers se ressemblent. Les programmes sont inutiles, la légitimité des combats des uns et des autres est d’ordre divin. Les cercles sociaux se rassemblent autour d’un avis centrifuge et tout échange, toute communication avec une formation extérieure est suspecte voire apostasique. L’excommunication est la sanction encourue, on courbe l’échine sous le poids de la morale. Au milieu de ce capharnaüm, c’est notre démocratie qui se meurt. Elle meurt de faim, de ne plus être nourrie par les idées et le débat nécessaire à leur maturation. Tout cela, pourtant, au nom de la démocratie.

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01 mai 2017

Test ADN et antiracisme : mélange improbable ?

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Quand l’esprit est libre, aucune morale bonne ou mauvaise ne peut forcer le jugement. Je rigole devant mon écran chaque fois que les réseaux sociaux m’offrent les larmes de mes contacts, les injonctions de mes amis, les anathèmes de mes copains. La vérité, c’est que je n’y crois pas un seul instant. Eh oui, je n’ai pas le doigt sur la couture lorsque les caporaux de l’antiracisme souhaitent m’arracher une soumission, passive ou active, à un candidat dont je n’aime pas le projet. L’antiracisme, aujourd’hui, est devenu l’exact définition du racisme. Seul le mot honni a disparu. On dit communauté désormais. Plus race. Chacun sa langue, chacun sa culture, chacun sa mémoire en fonction de la couleur de votre épiderme ou de la religion de vos parents, voire de vos voisins. Où est la belle culture émancipatrice ? La lecture qui donne un bagage culturel commun à un lillois et à un marseillais, à un noir et à un blanc, à un juif et à un catholique ? Sombre révélation pensez-vous. Démagogie peut-être ? Je vous propose, chers lecteurs, un exemple concret.

Depuis quelques temps, dans le but de me convaincre que l’immigration n’est que miel, certains amis qui ne veulent pas encourager le candidat « des patrons », partagent une intrigante vidéo. Il est question de personnes de tous horizons qui parlent fièrement de leur culture, des peuples avec lesquels ils la partagent, de ce sentiment de fraternité que l’Homme a réussi a faire évoluer au delà des signes de reconnaissance primitifs (famille, couleur, etc) pour le faire reposer sur un socle autrement plus raffiné (philosophie de vie, culture commune, etc). Ces braves gens sont soumis à une expérience scientifique dont le but est de leur révéler qui ils sont vraiment. Sur la base d’un test ADN. La découverte de leur identité réelle génère chez eux une émotion (surjouée) qui les dépouille de leur bêtise : leur identité  se réduit à leur origine biologique. Joie sur la terre chers lecteurs ! Notre identité se résume donc aux antécédents de notre patrimoine génétique ! Nous ne sommes plus le produit de siècles de progrès social d’une collectivité d’êtres humains mais d’une racine dont il convient d’étudier la consistance. Amusant n’est-ce pas ? Cela s’appelle l’antiracisme. Et ne pensez pas que j’en ai fini ! Le meilleur reste devant nous: il s’agit d’une publicité ! D’une publicité pour une entreprise américaine qui se propose d’étudier votre pédigrée à grands frais. Des antiracistes qu’ils disent, je vous jure ! Qui votent contre des patrons ! 

« Vous n’avez pas le monopole du coeur » disait Giscard. À méditer ! -MP

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23 avril 2017

Chroniques d'une élection : le diable se cache parfois dans bébé

Le braillard du Paris-Lyon de cet après-midi peut légitiment être revendiqué par l’Etat Islamique. Un carnage. Me retrouvant bien malgré moi sur la ligne de front, aussi appelé club quatro, je m’assois et remarque la mère au regard craintif, placée en face de moi, qui tient dans ses bras le bourreau de mon dimanche. Il me fait face, en position assise sur les genoux de sa pauvre génitrice. À ce moment, et même si je m’inquiète déjà pour la quiétude du voyage, l’enfant sourit, paraît calme. Je l’ignore alors mais ce visage d’ange hantera mes cauchemars de train pour un temps encore indéterminé. Dès que le train s’ébranle, le gosse entre littéralement en irruption. Ça commence fort. Rouge écarlate, il donne tout. Je crois d’abord à une performance sur courte distance, qui amènera rapidement le chiard à l’épuisement, et replonge dans ma lecture. J’évaluais la situation en amateur. Ce nourrisson est l’enfant du démon, rien ne stoppe sa fureur. Après vingt minutes, je saisis que j’ai affaire à un athlète. Combattant sur tous les fronts, il est alors l’auteur d’un fumet insoutenable qui commence à embaumer le wagon. Il est un enfer ferroviaire dans lequel les passagers préféreraient peut-être encore que le train saute plutôt que d’avoir à subir ce genre d’attaque chimique. Mon avis sur l’interruption prématurée de la phase « couche » de bébé est désormais scellé. Soudain, alors que le père entreprend de le sortir du carré pour le changer (il était temps), le fils de Satan comprend que sa représentation est compromise et prend une mesure de rétorsion en rendant l’intégralité de son déjeuner sur le bras de son père, la table, sa mère, le sac de sa mère mais manque par miracle ma chaussure. Je manque de me signer par extrême reconnaissance envers cette intercession divine mais m’abstiens afin de ne pas attenter à une paix sociale ne tenant déjà plus qu’à un fil. Un fil justement, c’est maintenant ce qui retient Belzebuth junior à l’accoudoir du siège de sa mère. Il arbore un splendide regard de satisfaction, offrant ainsi un caractère démoniaque au rare retour au calme qu’ils nous aura concédé. Son paternel rouge pivoine n’est pas à son aise. Il tente un temps de manoeuvrer délicatement le corps de son fils pour le décrocher mais la substance manifestement trop fibreuse de son renvoi l’oblige à y aller plus franchement, avec les doigts, ce qui provoque une expression horrifiée sur le visage de l’adolescente rebelle -ma voisine- qui semble soudain avoir la révélation de l’importance de l’autorité parentale. Enfin tranquille, je m’essuie le front discrètement. Aujourd’hui, j’ai croisé le regard du malin en allant faire mon devoir de citoyen. J’espère qu’il n’y a rien de prémonitoire là dedans pour ce soir.

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17 avril 2017

Le regard sur l'actualité de Lesco Griffe

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15 mars 2017

Le regard sur l'actualité de Lesco Griffe

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08 mars 2017

Journée des droits de la femme : un nouvel opium ?

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Le 8 mars semble entrer chaque année un peu plus comme date importante dans notre calendrier mémoriel. Si vous souhaitez survivre aujourd’hui, messieurs, sachez que l'événement du jour n’est pas le match retour du Paris-Saint-Germain en Ligue des Champions mais la journée internationale des droits des femmes. Les réseaux sociaux, la télévision et son cortège d’intervenants vont en parler toute la journée: les luttes, les avancées, les acquis, les menaces qu’il reste à pourfendre.

L’inscription d’une date spécifique à la gloire des femmes est chose fort louable. Notre vieille civilisation chrétienne a accouché d’un Occident fasciné par la figure de la madone protectrice et respectueux de la femme qui accouche de l’Homme avec un grand H. C’est cette existence individuelle sacrée qui a façonné deux millénaires de sociétés qui ne savent plus aujourd’hui évaluer leur qualité qu’au travers du prisme du confort individuel. Même les laïcards les plus fanatiques, même la gauche la plus anti-cléricale, ont toujours historiquement été bien obligés de reconnaître que leur propres idéologies (libertaire en tête) ne sont pas sans racines sociologiquement chrétiennes. Certains l’ont oublié. Il reste néanmoins des temps anciens une place importante voire fondamentale de la femme dans la société. Les reines, les impératrices, les régentes, Jeanne d’Arc, les femmes révolutionnaires… Toutes ont marqué notre Histoire (et tout particulièrement celle de la France) jusqu’à la légende, parfois même jusqu'au fantasme. La littérature française s’en est toujours émerveillée, des contes médiévaux à Stendhal.

Mais aujourd’hui n’est pas la journée de la femme, c’est la journée des droits des femmes. Cette nuance est importante pour ses fervents organisateurs comme pour ses plus farouches opposants. Toute confusion pourrait vous valoir une mise en accusation publique par les procureurs de Facebook. Il faut faire attention. Ce que l’on célèbre aujourd’hui c’est la Lutte, et on met une majuscule parce que, pour la gauche, c’est un nom propre. Une marque déposée. Il faut dire que la gauche est à la manoeuvre aujourd’hui. D’ailleurs, pas question de limiter les débats et réflexions approfondies à la seule question de l’égalité homme/femme au niveau national. La gauche, c’est l’international.  Le seul cas français sera examiné lorsqu’il faudra évoquer les histoires de chéquier et les quelques lois qui discriminaient naguère les femmes, en infraction totale avec les principes de 1789.

En France, ces lois ont bien existé et ont bien été abrogées. Et ces abrogations sont heureuses. Néanmoins, il faut noter que notre vieux pays a toujours rechigné à une production législative liberticide à l’endroit des femmes, tant celles-ci ont toujours été un agent politique important. Voire révolutionnaire. La femme française a ancré dans l’imaginaire collectif mondial sa force de caractère et sa liberté imprenable. Ce n’est pas pour rien que la femme est l’allégorie de la liberté en France. On disait autrefois que Paris appartenait aux parisiennes et les films d’il y a près d’un siècle mettant en scène des femmes qui tiennent tête aux Gabin et autres monstres sacrés du cinéma français, ne sont là que pour nous déciller sur l’image de gourdasses aux ordres de leur homme que le féminisme moderne a logée dans nos esprits.

Pourtant, la gauche a raison lorsqu’elle affirme que le statut de la femme est dépendant de l'environnement économique, et tout particulièrement de l’état du capitalisme. C’est juste qu’elle devrait aller au bout de ses raisonnements et de ses constats. Le capitalisme bourgeois, qu’elle dénonce systématiquement selon le modèle de contestation marxiste du capitalisme de production du XIXe siècle, avait effectivement créé un modèle sociétal, il y a cent cinquante ans, qui répondait à ses besoins économiques. A l’époque, le capital est physique en Europe. Pour être riche, il faut une usine. Ou une mine. Il faut donc accumuler des capitaux : épargner. Les structures sociétales étaient alors rigides: le divorce était mal perçu car il divise ce fameux capital et le second lit dilapide la succession de l’épargne accumulée. Dans le même ordre d’idées, la figure paternaliste et la morale du curé contenaient toute aspiration consumériste pour ne pas laisser sortir les fonds retenus.

Mais, depuis les années soixante, tout à changé. Le système capitaliste s’est progressivement mondialisé et a envoyé le vieux capitalisme de production dans les pays émergents à grand coups de délocalisations d’usines. Le capitalisme qui prévaut désormais en Occident est le capitalisme de consommation, royaume de l’économie tertiaire et du consumérisme effréné. Pour en arriver à la célèbre société de consommation, il a fallu transformer les structures sociétales rigides pour les rendre les plus souples possibles: le culte excessif de la famille a laissé place à celui du couple, la figure du père autoritaire à l’excès a fait place nette à des hommes qui n’en sont plus vraiment et le curé est devenu ringard. Vous suivez mon regard, la gauche libertaire a souvent servi d’idiote utile dans cette affaire.

Pour les femmes, la libération des années 60 fut, je le répète, une avancée majeure et à saluer. Mais la suite fut moins glorieuse. La politisation, la réquisition de la lutte pour les droits des femmes par des pseudo-progressistes mal intentionnés ont ensuite permis leur asservissement. Femmes seules, abandonnées, acculées à l’avortement ou obligées aux travaux précaires pour nourrir des enfants qu’elles élèvent seules, de nombreuses femmes sont aujourd’hui précarisées, exploitées et oubliées. Le modèle libéral de la femme solitaire qui ne fait pas d’enfant pour prioriser sa carrière est la seule application concrète de l’émancipation par le refus de la maternité que prônait Simone de Beauvoir il y a soixante ans. Encore faut-il être née du bon côté de la mondialisation. Pour beaucoup de femmes, et notamment de jeunes femmes, le culte du paraître et les produits bons marchés qui se périment à très court terme malmènent leur pouvoir d’achat et les détournent de choses plus élémentaires de la vie, à commencer par la chose politique. Les Anges de la télé-réalité sont eux aussi des enfants de mai 68 et les jeunes filles les regardent parce que l’autorité parentale fait défaut car honnie: trop paternaliste. L’accès à la culture émancipatrice s’en trouve d’autant plus empêché que les libertaires nous expliquent doctement qu’elle est bourgeoise et à bannir. Ils l’ont lu dans les oeuvres de Bourdieu alors…

Ne vous trompez pas sur l’intention. Ces quelques lignes misérables sont loin d’être une ôde à la société patriarcale et encore moins une acceptation des anciens carcans de la bourgeoisie du XIXe. Mais c’est une mise en garde, puisque l’occasion s’y prête. Les défenseurs officiels des droits des femmes sont parfois aussi des bourreaux masqués. Des bourreaux habiles. Lorsque la gauche promeut ce genre d'événements, elle oublie de préciser que si elle déplore et condamne cette cruauté hallucinante de nos sociétés modernes que j’ai dénoncée dans le paragraphe précédent, elle ne se privera pas, dès le 9 mars, de continuer à en encourager les causes. A les chérir même, comme dans la maxime de Bossuet. Et puis, si vous êtes de gauche et cherchez un véritable axe de réflexion qui sorte de ces niaiseries, dites-vous que la communautarisation des luttes, il n’y a rien de tel pour diviser les prolétaires. C’est normal que les femmes et les hommes soient payés un même salaire pour un même travail, c’est in-con-tes-ta-ble. Mais lorsqu’on lutte pour qu’un cadre femme et un cadre homme soit payés le même montant et non plus pour qu’un ouvrier homme touche autant qu’un cadre femme, alors c’est que l’on a abandonné la lutte des classes pour le lissage de classe. Une confusion regrettable. -MP

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07 mars 2017

Examen de probité des candidats: le désequilibre de la terreur

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Ne dites plus que les français sont en retard sur les anglo-saxons. Notre industrie médiatique est bien plus fine, bien plus retors que ses homologues britannique ou américaine. Avec l'affaire Fillon, les plateaux de BFM et les talk-show de France 2, souvent fort concernés par le retour du nazisme dans le paysage politique européen, n'ont pas de soucis à se faire: le Peneloppe Gate a déjà dévoré le temps nécessaire à toute réflexion sérieuse sur les sujets de fond que les français voulaient voir traités lors de la campagne. Pas de sécurité extérieure, encore moins intérieure, pas de débat sur la crise de l'identité, de l'immigration. Point de chômage, de misère en milieu agricole. Guère plus de protection des travailleurs français, de fiscalité.

Nos pseudo-progressistes ont bien compris que c'est la pénétration de ces sujets dans les canaux classiques de diffusion de l'information qui a parasité les scenarii tous écrits du référendum sur la sortie de la Grande Bretagne de l'UE et de l'élection présidentielle américaine. Les médias se sont faits avoir. Brexit et Trump sont les deux termes qui hantent les rédactions parisiennes. L'affaire Fillon était alors toute indiquée pour éviter que l'ancien Premier ministre se retrouve dans un second tour joué d'avance face à une Marine Le Pen soucieuse de récupérer ceux qui désespèrent de voir Mélenchon se radicaliser sur les questions sociétales. Macron et Hamon auraient été balayés.

Il faut dire que le rapport de forces est injuste. Aux Etats-Unis, la très protestante exigence de probité concerne toutes les personnes de pouvoir et non les seuls politiciens exerçant ou prétendant à un mandat électoral. Les juges sont élus et constituent un panel de tendances politiques allant du progressisme zélé au conservatisme inflexible. Il en va de même pour les journalistes. Traditionnellement, les affrontements politiques ne se jouent pas uniquement sur les programmes mais aussi sur la valeur morale des candidats. Deux camps s'opposent à armes de destruction massive mais égales. Et lorsqu'un juge en vient à examiner la bonne conscience d'un candidat, il a intérêt à être lui même irréprochable. Les médias du camp d'en face fouilleront son passé et toute infamie mettra en péril la réélection du magistrat. C'est l'équilibre de la terreur.

Rien à voir avec la France. Les médias français, très américanophiles, ont comme toujours importé de chez l'Oncle Sam ce qui leur convient. Chez nous, les journalistes et les magistrats pouvant traiter d'affaires importantes sont souvent de tendance progressiste (obédience soixante-huitarde). A l'image du président Thuot (Conseil d'Etat), à qui l'on doit le rapport éponyme appelant à la mise à mort de l'identité française, les juges et les journalistes des cercles "autorisés" sont de fins amateurs de Bourdieu et de la Déconstruction libertaire. Ils se sont donnés une mission: castrer ces élus ou aspirants qui portent nécessairement en eux le mal populiste. C'est pourquoi le mythe du juge rouge est maladroit. C'est l'institution la cible, un ministre de droite comme de gauche peut soudain se trouver dans l'oeil du cyclone. Et la probité est la meilleure des armes disponibles.

Cela n'enlève certes pas aux corrompus leurs méfaits mais permet de renvoyer dans leurs pénates ces justiciers de pacotille qui n'hésitent pas à dévoyer leurs propres principes pour parvenir à leurs fins. Dans l'affaire Fillon, seul l'aspect médiatique de l'affaire a permis au parquet national financier (PNF) de s'auto-saisir. Les procureurs n'ont pas hésité (sans même se cacher) à diffuser dans la presse des pièces qu'ils refusaient aux avocats pour nourrir leur compétence. Les échanges de pièces et d'informations peuvent aisément se faire en dîner mondain ou en salon privé. Les casseurs de patrons et d'extrémistes sont souvent eux-mêmes des bourgeois fanatiques aux réseaux longs comme le bras. Eux-aussi ont des casseroles et pas des petites. Du recasage de maîtresse à la grosse corruption à l'ancienne façon magistrat Azibert, il y aurait beaucoup à redire sur les gardiens des "valeurs". Mais personne pour révéler ces histoires et peu d'excités de la vertu pour les instruire. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis. C'est le déséquilibre de la terreur. -MP

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