Le Club des Insurgés

28 janvier 2018

Jean-Luc Mélenchon et la polémique du drapeau "marial"

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Le parti de Jean-Luc Mélenchon, la France Insoumise, a proposé de remplacer le drapeau de l’Union Européenne, flottant à l’Assemblée Nationale au côté du drapeau français, par le drapeau de l’Organisation des Nations Unies. Le motif invoqué, le caractère religieux des douze étoiles et du fond bleu, a déclenché une vive polémique.

La laïcité reprend des couleurs à l’extrême gauche. Un temps recyclée en synonyme de la liberté religieuse, un temps tenue pour confisquée afin de dissimuler une manoeuvre islamophobe, la laïcité, la dure, la vraie, est de retour. Doit-on y voir une volonté identitaire de galvaniser un électorat toujours friand de la tradition « bouffe-curé » ? Possible. Une agressivité réservée au seul christianisme du fait de l’absence de risque de représailles physiques ? Probable. Comme disait Marx, certains préfèrent mettre une claque à leur grand-mère. Mais il semble qu’il se distingue une raison plus profonde à cette polémique et c’est sans nul doute là que se loge l’unique intérêt de s’y attarder un peu. 

Les libéraux sont de mauvaise foi lorsqu’ils méprisent les membres de la France Insoumise, leur expliquant qu’ils se trompent et que les douze étoiles représentent les douze premiers États membres. Arsène Heitz, le père de l’emblème de l’Union, ne s’en est jamais caché. Lorsqu’il obtient que le cercle étoilé soit officiellement retenu, le 8 décembre 1955, l’Europe ne comporte alors que six membres. L’épisode biblique de la Vierge triomphant de l’Apocalypse fut l’inspiration non-dite mais de référence pour exprimer que le fédéralisme européen est le triomphe de la paix après le carnage de la Seconde guerre mondiale. Un classique à l’époque, nous y reviendrons. 

Pourtant, la FI n’est pas de meilleure foi. Jean-Luc Mélenchon ne dispose pas, dans son électorat, des bataillons de laissés-pour-compte, de chômeurs des zones désindustrialisées, d’ agriculteurs et de petits commerçants demeurant toujours, et bien malgré l’échec spectaculaire de son leader à la présidentielle, la propriété du Front National. Pour capter cette énorme réserve de voix, le chef charismatique de la France Insoumise connaît la recette : taper sur l’UE. Il n’a pas tord. Mais la colère populaire contre le fédéralisme européen n’est pas, comme le pensent les libéraux et une bonne partie de l’électorat FI, une colère à chaud, épidermique et passionnée, sans justification profonde. On ne peut se l’approprier au moindre coup de menton à l’attention de Bruxelles. 

Le protectionisme social, l’immigration de personnes non qualifiées et prêtent à travailler à n’importe quel prix, l’insécurité, le communautarisme, tous ces points sont autant de sujets de contestation dirigées à l’endroit de l’UE en tant qu’institution mas également en tant que symbole de l’idéologie de la globalisation. Tout un programme. Mélenchon sait cela également, pas sa base électorale. Pour cette dernière, citadine d’idéologie petite-bourgeoise, l’UE doit seulement se comprendre comme un club de patrons. On arrête pas le XIXème quand il charge sabre au clair. L’UE se combat donc, non pas sur ses principes fondateurs que cet électorat acquiesce, mais sur son appropriation par ce que la FI considère toujours comme le Mal dominant : une équipe de patrons propriétaires d’usines, bedonnant dans leur costard trois pièces, fumant le cigare sous leur chapeau haut-de-forme. Bien sûr patriarcaux, bien sûr catholiques. 

S’attaquer au drapeau, c’est donc faire d’une pierre deux coups: un petit côté laïcité anti-bourgeoisie catholique pour les uns, une attaque contre un symbole de la mondialisation pour les autres. Mais rien ne se passe comme prévu : l’effet d’annonce n’a eu qu’un temps. Le capital-sympathie que Mélenchon avait généré lors d’une sortie polémique sur le même sujet au jour de son entrée à l’Assemblée Nationale, lui a été restitué. Mais la justification a tout dégonflé. La façade souverainiste n’a pas fait deux jours. L’électorat Mélenchon ne l’aurait pas toléré bien longtemps. Derrière la peinture de mauvaise qualité, vite effritée, c’est le ciment gauchiste classique qui est apparu aux yeux de tous. Attaques contre la religion catholique tous azimuts sur fond de rébellion idéologique bidon. 

Particulièrement, et comme souvent ces temps-ci, c’est la charge menée contre le formatage chrétien de la culture occidentale (que la FI ne connaît que pour y déloger les réflexes honnis de l’Occident) qui est le plus mal passé. Il faut dire que partout dans le monde, les drapeaux, la monnaie ou encore la devise font assez régulièrement référence à la religion qui a accompagné l’histoire du pays. L’étoile et le croissant pour de nombreux pays islamiques, l’étoile de David pour Israël, « In god we trust » sur le Dollar américain, etc. En France, même dans une nation à la pointe de la laïcité, nous n’y échappons pas. Notre drapeau tricolore associe le monarchique et très chrétien blanc aux couleurs de Paris : le bleu et le rouge. Le rouge est une référence à la bannière de Saint-Denis. Allons-nous devoir le retirer également M.Mélenchon ?

Pire, le remplacement par le drapeau des Nations Unies, symbole trouvé à la va-vite pour brosser l’anti-souverainisme et l’alter-mondialisme des FI dans le sens du poil, fait apparaître avec une lumière crue la réalité de cette polémique : faire le « buzz » sur les réseaux sociaux sans espoir réel de mener une action véritable. Ce drapeau, qui date de la même époque que celui de l’UE, exprime la même idée via la même référence : la paix éternel passée l’hécatombe suprême de la Seconde guerre mondiale, le tout symbolisé par une référence biblique. Le monde enserré dans les rameaux est une figure d’inspiration chrétienne bien plus évidente que les douze étoiles. Lorsque la France Insoumise trouvera autre chose à faire que du racolage électoral, une référence biblique ne sera pas de trop. -MP

 

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29 juin 2017

La nouvelle économie : fin du capitalisme et retour à la féodalité ?

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C'est une révolution dont vous n'entendez pas parler mais qui en amènera d'autres, plus facilement appréhendables pour le commun des mortels. Le modèle économique qui a émergé ces dernières années n’a rien d’abouti, il n’en est même qu’à ses premiers balbutiements. C’est l’ébranlement d’un train qui accélérera un jour pour nous mener en rêves ou en cauchemars mais loin, très loin, de ce que nous connaissons à ce jour. 

Cette révolution est assurément celle de la propriété. Le caractère consumériste de notre société nous pousse depuis les années soixante à vouloir ce que nous n’avons pas. Mais notre comportement a évolué. Il est désormais beaucoup infamant qu’avant d’utiliser ce que nous ne possédons pas : location, mise à disposition, co-voiturage, etc. D’autres détiennent la propriété , nous jouissons. L’économie de service en est arrivée à ce point où l’existant technologique n’est plus masse de choses à acquérir mais plateforme de services à exploiter sans limite.

Imaginez que, demain, Uber s’achète une flotte de véhicules auto-pilotés. Quel intérêt aurez-vous encore à posséder une automobile ? Vous payerez un forfait pour être emmenés à chaque déplacement ! Les volumes de vente (de service) seront assez conséquents pour que cette location journalière soit une meilleure opération économique que l’achat et l’entretien de votre véhicule. Comme un co-voiturage géant. 

Il pourrait en être de même demain de nombre de biens que vous possédez peut-être encore mais que vous partagez déjà pour limiter vos coûts. Un empire économique posséderait tout et vous loueriez la mise à disposition. Posséderez-vous toujours un iPhone si cela vous revenait beaucoup moins cher de le louer et qu’il en faut déjà un neuf tous les ans pour être « à la page » ? Après tout, l’important ne réside t-il pas dans ces précieuses données personnelles que vous stockez dans le cloud ? Dans l’espace de stockage que vous louez pardon.

Les espaces d’échanges numériques (les réseaux sociaux) sont déjà une source d’informations considérable pour les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Une gigantesque plateforme de surveillance aussi. Tous ceux qui croient profiter d’un espace de liberté pour communiquer sur leurs initiatives personnelles devraient se méfier car ils se placent eux-mêmes sur une place de marché. Un bon « youtubeur », un artiste indépendant aux multiples « followers » finiront tous deux happés par une maison de production tentaculaire. Ces dernières verrouilleront demain la propriété de leurs oeuvres grâce aux nouvelles technologies numériques qui rendront la propriété intellectuelle ou non inviolable, notamment grâce à la blockchain. Concentration de la propriété, inviolabilité parfaite de celle-ci, mise en location. Tiercé gagnant.

La propriété d’un petit nombre qui ne peut rester ce qu’elle est par une mise à disposition permanente au profit des consommateurs est le stade ultime du capitalisme mais aussi et paradoxalement son terme. La vulnérabilité du petit nombre sera telle qu’il lui faudra endosser une fonction politique pour survivre : dominer l’obligera à devoir assurer la paix sociale, encourager et mener des politiques de charité pour les marginalisés du système (revenu universel minimum par exemple), encourager les échanges par le renouvellement systématique de l’offre (l’innovation, déjà encensée aujourd’hui).

C’est le retour au modèle socio-économique féodal. Le seigneur possède tout mais, en contrepartie, doit protéger ses gens contre la guerre et les calamités. Les gens, eux, profitent de ce que l’on appelait jadis des « communs »: four, moulin, puit. La rétribution de la mise à disposition, c’était l’impôt. Comme quoi, sous ses oripeaux ultra-progressistes, notre modernité est résolument réactionnaire !

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09 mai 2017

Le regard sur l'actualité de Lesco Griffe

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06 mai 2017

Chroniques d'une élection : Notre démocratie meurt de faim

La campagne présidentielle arrive à son terme. Enfin. Ce fut un mauvais moment à passer. Pour tout le monde. Je retiendrai le souvenir d’une célébration de la décérébration, d’une surenchère des postures moralisatrices et d’une vacuité idéologique aberrante. La réquisition de la scène politique par une poignée d’individus insignifiants, diplômés de pacotille, qui se rêvent en sauveurs d’une humanité fourvoyée a répondu à l’hystérie stérile de groupuscules minoritaires qui ne demandaient pas meilleure publicité. En l’absence d’échanges d’arguments, de visions sociales, sociétales, économiques ou écologiques de niveau technique honorable, on a sondé les coeurs et les âmes. D’inquisitions en anathèmes, de procès d’intention en buchers médiatiques, les e-prêtres connectés ont démontré que mêmes les intentions louables pouvaient se muer en démagogie maniaque. Pauvres de nous. Nous qui furent sur la barricade idéologique du « ni rouge, ni brun » que nous nous étions jurés de tenir jusqu’au bout lorsque, par une nuit de printemps de 2008 à Calais, les communistes tombaient. Depuis, notre rêve est devenu cauchemar: il n’y a plus de rouge ni de brun, juste la haine. Juste l’intolérance. Facebook est devenu l’oeil qui voit tout. Plus de discussion ni de débat avec l’adversaire ne sera désormais toléré. Le clocher politique est défendu aujourd’hui avec la dévotion du djihadiste alors que tous les clochers se ressemblent. Les programmes sont inutiles, la légitimité des combats des uns et des autres est d’ordre divin. Les cercles sociaux se rassemblent autour d’un avis centrifuge et tout échange, toute communication avec une formation extérieure est suspecte voire apostasique. L’excommunication est la sanction encourue, on courbe l’échine sous le poids de la morale. Au milieu de ce capharnaüm, c’est notre démocratie qui se meurt. Elle meurt de faim, de ne plus être nourrie par les idées et le débat nécessaire à leur maturation. Tout cela, pourtant, au nom de la démocratie.

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01 mai 2017

Test ADN et antiracisme : mélange improbable ?

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Quand l’esprit est libre, aucune morale bonne ou mauvaise ne peut forcer le jugement. Je rigole devant mon écran chaque fois que les réseaux sociaux m’offrent les larmes de mes contacts, les injonctions de mes amis, les anathèmes de mes copains. La vérité, c’est que je n’y crois pas un seul instant. Eh oui, je n’ai pas le doigt sur la couture lorsque les caporaux de l’antiracisme souhaitent m’arracher une soumission, passive ou active, à un candidat dont je n’aime pas le projet. L’antiracisme, aujourd’hui, est devenu l’exact définition du racisme. Seul le mot honni a disparu. On dit communauté désormais. Plus race. Chacun sa langue, chacun sa culture, chacun sa mémoire en fonction de la couleur de votre épiderme ou de la religion de vos parents, voire de vos voisins. Où est la belle culture émancipatrice ? La lecture qui donne un bagage culturel commun à un lillois et à un marseillais, à un noir et à un blanc, à un juif et à un catholique ? Sombre révélation pensez-vous. Démagogie peut-être ? Je vous propose, chers lecteurs, un exemple concret.

Depuis quelques temps, dans le but de me convaincre que l’immigration n’est que miel, certains amis qui ne veulent pas encourager le candidat « des patrons », partagent une intrigante vidéo. Il est question de personnes de tous horizons qui parlent fièrement de leur culture, des peuples avec lesquels ils la partagent, de ce sentiment de fraternité que l’Homme a réussi a faire évoluer au delà des signes de reconnaissance primitifs (famille, couleur, etc) pour le faire reposer sur un socle autrement plus raffiné (philosophie de vie, culture commune, etc). Ces braves gens sont soumis à une expérience scientifique dont le but est de leur révéler qui ils sont vraiment. Sur la base d’un test ADN. La découverte de leur identité réelle génère chez eux une émotion (surjouée) qui les dépouille de leur bêtise : leur identité  se réduit à leur origine biologique. Joie sur la terre chers lecteurs ! Notre identité se résume donc aux antécédents de notre patrimoine génétique ! Nous ne sommes plus le produit de siècles de progrès social d’une collectivité d’êtres humains mais d’une racine dont il convient d’étudier la consistance. Amusant n’est-ce pas ? Cela s’appelle l’antiracisme. Et ne pensez pas que j’en ai fini ! Le meilleur reste devant nous: il s’agit d’une publicité ! D’une publicité pour une entreprise américaine qui se propose d’étudier votre pédigrée à grands frais. Des antiracistes qu’ils disent, je vous jure ! Qui votent contre des patrons ! 

« Vous n’avez pas le monopole du coeur » disait Giscard. À méditer ! -MP

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23 avril 2017

Chroniques d'une élection : le diable se cache parfois dans bébé

Le braillard du Paris-Lyon de cet après-midi peut légitiment être revendiqué par l’Etat Islamique. Un carnage. Me retrouvant bien malgré moi sur la ligne de front, aussi appelé club quatro, je m’assois et remarque la mère au regard craintif, placée en face de moi, qui tient dans ses bras le bourreau de mon dimanche. Il me fait face, en position assise sur les genoux de sa pauvre génitrice. À ce moment, et même si je m’inquiète déjà pour la quiétude du voyage, l’enfant sourit, paraît calme. Je l’ignore alors mais ce visage d’ange hantera mes cauchemars de train pour un temps encore indéterminé. Dès que le train s’ébranle, le gosse entre littéralement en irruption. Ça commence fort. Rouge écarlate, il donne tout. Je crois d’abord à une performance sur courte distance, qui amènera rapidement le chiard à l’épuisement, et replonge dans ma lecture. J’évaluais la situation en amateur. Ce nourrisson est l’enfant du démon, rien ne stoppe sa fureur. Après vingt minutes, je saisis que j’ai affaire à un athlète. Combattant sur tous les fronts, il est alors l’auteur d’un fumet insoutenable qui commence à embaumer le wagon. Il est un enfer ferroviaire dans lequel les passagers préféreraient peut-être encore que le train saute plutôt que d’avoir à subir ce genre d’attaque chimique. Mon avis sur l’interruption prématurée de la phase « couche » de bébé est désormais scellé. Soudain, alors que le père entreprend de le sortir du carré pour le changer (il était temps), le fils de Satan comprend que sa représentation est compromise et prend une mesure de rétorsion en rendant l’intégralité de son déjeuner sur le bras de son père, la table, sa mère, le sac de sa mère mais manque par miracle ma chaussure. Je manque de me signer par extrême reconnaissance envers cette intercession divine mais m’abstiens afin de ne pas attenter à une paix sociale ne tenant déjà plus qu’à un fil. Un fil justement, c’est maintenant ce qui retient Belzebuth junior à l’accoudoir du siège de sa mère. Il arbore un splendide regard de satisfaction, offrant ainsi un caractère démoniaque au rare retour au calme qu’ils nous aura concédé. Son paternel rouge pivoine n’est pas à son aise. Il tente un temps de manoeuvrer délicatement le corps de son fils pour le décrocher mais la substance manifestement trop fibreuse de son renvoi l’oblige à y aller plus franchement, avec les doigts, ce qui provoque une expression horrifiée sur le visage de l’adolescente rebelle -ma voisine- qui semble soudain avoir la révélation de l’importance de l’autorité parentale. Enfin tranquille, je m’essuie le front discrètement. Aujourd’hui, j’ai croisé le regard du malin en allant faire mon devoir de citoyen. J’espère qu’il n’y a rien de prémonitoire là dedans pour ce soir.

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17 avril 2017

Le regard sur l'actualité de Lesco Griffe

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15 mars 2017

Le regard sur l'actualité de Lesco Griffe

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08 mars 2017

Journée des droits de la femme : un nouvel opium ?

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Le 8 mars semble entrer chaque année un peu plus comme date importante dans notre calendrier mémoriel. Si vous souhaitez survivre aujourd’hui, messieurs, sachez que l'événement du jour n’est pas le match retour du Paris-Saint-Germain en Ligue des Champions mais la journée internationale des droits des femmes. Les réseaux sociaux, la télévision et son cortège d’intervenants vont en parler toute la journée: les luttes, les avancées, les acquis, les menaces qu’il reste à pourfendre.

L’inscription d’une date spécifique à la gloire des femmes est chose fort louable. Notre vieille civilisation chrétienne a accouché d’un Occident fasciné par la figure de la madone protectrice et respectueux de la femme qui accouche de l’Homme avec un grand H. C’est cette existence individuelle sacrée qui a façonné deux millénaires de sociétés qui ne savent plus aujourd’hui évaluer leur qualité qu’au travers du prisme du confort individuel. Même les laïcards les plus fanatiques, même la gauche la plus anti-cléricale, ont toujours historiquement été bien obligés de reconnaître que leur propres idéologies (libertaire en tête) ne sont pas sans racines sociologiquement chrétiennes. Certains l’ont oublié. Il reste néanmoins des temps anciens une place importante voire fondamentale de la femme dans la société. Les reines, les impératrices, les régentes, Jeanne d’Arc, les femmes révolutionnaires… Toutes ont marqué notre Histoire (et tout particulièrement celle de la France) jusqu’à la légende, parfois même jusqu'au fantasme. La littérature française s’en est toujours émerveillée, des contes médiévaux à Stendhal.

Mais aujourd’hui n’est pas la journée de la femme, c’est la journée des droits des femmes. Cette nuance est importante pour ses fervents organisateurs comme pour ses plus farouches opposants. Toute confusion pourrait vous valoir une mise en accusation publique par les procureurs de Facebook. Il faut faire attention. Ce que l’on célèbre aujourd’hui c’est la Lutte, et on met une majuscule parce que, pour la gauche, c’est un nom propre. Une marque déposée. Il faut dire que la gauche est à la manoeuvre aujourd’hui. D’ailleurs, pas question de limiter les débats et réflexions approfondies à la seule question de l’égalité homme/femme au niveau national. La gauche, c’est l’international.  Le seul cas français sera examiné lorsqu’il faudra évoquer les histoires de chéquier et les quelques lois qui discriminaient naguère les femmes, en infraction totale avec les principes de 1789.

En France, ces lois ont bien existé et ont bien été abrogées. Et ces abrogations sont heureuses. Néanmoins, il faut noter que notre vieux pays a toujours rechigné à une production législative liberticide à l’endroit des femmes, tant celles-ci ont toujours été un agent politique important. Voire révolutionnaire. La femme française a ancré dans l’imaginaire collectif mondial sa force de caractère et sa liberté imprenable. Ce n’est pas pour rien que la femme est l’allégorie de la liberté en France. On disait autrefois que Paris appartenait aux parisiennes et les films d’il y a près d’un siècle mettant en scène des femmes qui tiennent tête aux Gabin et autres monstres sacrés du cinéma français, ne sont là que pour nous déciller sur l’image de gourdasses aux ordres de leur homme que le féminisme moderne a logée dans nos esprits.

Pourtant, la gauche a raison lorsqu’elle affirme que le statut de la femme est dépendant de l'environnement économique, et tout particulièrement de l’état du capitalisme. C’est juste qu’elle devrait aller au bout de ses raisonnements et de ses constats. Le capitalisme bourgeois, qu’elle dénonce systématiquement selon le modèle de contestation marxiste du capitalisme de production du XIXe siècle, avait effectivement créé un modèle sociétal, il y a cent cinquante ans, qui répondait à ses besoins économiques. A l’époque, le capital est physique en Europe. Pour être riche, il faut une usine. Ou une mine. Il faut donc accumuler des capitaux : épargner. Les structures sociétales étaient alors rigides: le divorce était mal perçu car il divise ce fameux capital et le second lit dilapide la succession de l’épargne accumulée. Dans le même ordre d’idées, la figure paternaliste et la morale du curé contenaient toute aspiration consumériste pour ne pas laisser sortir les fonds retenus.

Mais, depuis les années soixante, tout à changé. Le système capitaliste s’est progressivement mondialisé et a envoyé le vieux capitalisme de production dans les pays émergents à grand coups de délocalisations d’usines. Le capitalisme qui prévaut désormais en Occident est le capitalisme de consommation, royaume de l’économie tertiaire et du consumérisme effréné. Pour en arriver à la célèbre société de consommation, il a fallu transformer les structures sociétales rigides pour les rendre les plus souples possibles: le culte excessif de la famille a laissé place à celui du couple, la figure du père autoritaire à l’excès a fait place nette à des hommes qui n’en sont plus vraiment et le curé est devenu ringard. Vous suivez mon regard, la gauche libertaire a souvent servi d’idiote utile dans cette affaire.

Pour les femmes, la libération des années 60 fut, je le répète, une avancée majeure et à saluer. Mais la suite fut moins glorieuse. La politisation, la réquisition de la lutte pour les droits des femmes par des pseudo-progressistes mal intentionnés ont ensuite permis leur asservissement. Femmes seules, abandonnées, acculées à l’avortement ou obligées aux travaux précaires pour nourrir des enfants qu’elles élèvent seules, de nombreuses femmes sont aujourd’hui précarisées, exploitées et oubliées. Le modèle libéral de la femme solitaire qui ne fait pas d’enfant pour prioriser sa carrière est la seule application concrète de l’émancipation par le refus de la maternité que prônait Simone de Beauvoir il y a soixante ans. Encore faut-il être née du bon côté de la mondialisation. Pour beaucoup de femmes, et notamment de jeunes femmes, le culte du paraître et les produits bons marchés qui se périment à très court terme malmènent leur pouvoir d’achat et les détournent de choses plus élémentaires de la vie, à commencer par la chose politique. Les Anges de la télé-réalité sont eux aussi des enfants de mai 68 et les jeunes filles les regardent parce que l’autorité parentale fait défaut car honnie: trop paternaliste. L’accès à la culture émancipatrice s’en trouve d’autant plus empêché que les libertaires nous expliquent doctement qu’elle est bourgeoise et à bannir. Ils l’ont lu dans les oeuvres de Bourdieu alors…

Ne vous trompez pas sur l’intention. Ces quelques lignes misérables sont loin d’être une ôde à la société patriarcale et encore moins une acceptation des anciens carcans de la bourgeoisie du XIXe. Mais c’est une mise en garde, puisque l’occasion s’y prête. Les défenseurs officiels des droits des femmes sont parfois aussi des bourreaux masqués. Des bourreaux habiles. Lorsque la gauche promeut ce genre d'événements, elle oublie de préciser que si elle déplore et condamne cette cruauté hallucinante de nos sociétés modernes que j’ai dénoncée dans le paragraphe précédent, elle ne se privera pas, dès le 9 mars, de continuer à en encourager les causes. A les chérir même, comme dans la maxime de Bossuet. Et puis, si vous êtes de gauche et cherchez un véritable axe de réflexion qui sorte de ces niaiseries, dites-vous que la communautarisation des luttes, il n’y a rien de tel pour diviser les prolétaires. C’est normal que les femmes et les hommes soient payés un même salaire pour un même travail, c’est in-con-tes-ta-ble. Mais lorsqu’on lutte pour qu’un cadre femme et un cadre homme soit payés le même montant et non plus pour qu’un ouvrier homme touche autant qu’un cadre femme, alors c’est que l’on a abandonné la lutte des classes pour le lissage de classe. Une confusion regrettable. -MP

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