La campagne présidentielle arrive à son terme. Enfin. Ce fut un mauvais moment à passer. Pour tout le monde. Je retiendrai le souvenir d’une célébration de la décérébration, d’une surenchère des postures moralisatrices et d’une vacuité idéologique aberrante. La réquisition de la scène politique par une poignée d’individus insignifiants, diplômés de pacotille, qui se rêvent en sauveurs d’une humanité fourvoyée a répondu à l’hystérie stérile de groupuscules minoritaires qui ne demandaient pas meilleure publicité. En l’absence d’échanges d’arguments, de visions sociales, sociétales, économiques ou écologiques de niveau technique honorable, on a sondé les coeurs et les âmes. D’inquisitions en anathèmes, de procès d’intention en buchers médiatiques, les e-prêtres connectés ont démontré que mêmes les intentions louables pouvaient se muer en démagogie maniaque. Pauvres de nous. Nous qui furent sur la barricade idéologique du « ni rouge, ni brun » que nous nous étions jurés de tenir jusqu’au bout lorsque, par une nuit de printemps de 2008 à Calais, les communistes tombaient. Depuis, notre rêve est devenu cauchemar: il n’y a plus de rouge ni de brun, juste la haine. Juste l’intolérance. Facebook est devenu l’oeil qui voit tout. Plus de discussion ni de débat avec l’adversaire ne sera désormais toléré. Le clocher politique est défendu aujourd’hui avec la dévotion du djihadiste alors que tous les clochers se ressemblent. Les programmes sont inutiles, la légitimité des combats des uns et des autres est d’ordre divin. Les cercles sociaux se rassemblent autour d’un avis centrifuge et tout échange, toute communication avec une formation extérieure est suspecte voire apostasique. L’excommunication est la sanction encourue, on courbe l’échine sous le poids de la morale. Au milieu de ce capharnaüm, c’est notre démocratie qui se meurt. Elle meurt de faim, de ne plus être nourrie par les idées et le débat nécessaire à leur maturation. Tout cela, pourtant, au nom de la démocratie.