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C'est une révolution dont vous n'entendez pas parler mais qui en amènera d'autres, plus facilement appréhendables pour le commun des mortels. Le modèle économique qui a émergé ces dernières années n’a rien d’abouti, il n’en est même qu’à ses premiers balbutiements. C’est l’ébranlement d’un train qui accélérera un jour pour nous mener en rêves ou en cauchemars mais loin, très loin, de ce que nous connaissons à ce jour. 

Cette révolution est assurément celle de la propriété. Le caractère consumériste de notre société nous pousse depuis les années soixante à vouloir ce que nous n’avons pas. Mais notre comportement a évolué. Il est désormais beaucoup infamant qu’avant d’utiliser ce que nous ne possédons pas : location, mise à disposition, co-voiturage, etc. D’autres détiennent la propriété , nous jouissons. L’économie de service en est arrivée à ce point où l’existant technologique n’est plus masse de choses à acquérir mais plateforme de services à exploiter sans limite.

Imaginez que, demain, Uber s’achète une flotte de véhicules auto-pilotés. Quel intérêt aurez-vous encore à posséder une automobile ? Vous payerez un forfait pour être emmenés à chaque déplacement ! Les volumes de vente (de service) seront assez conséquents pour que cette location journalière soit une meilleure opération économique que l’achat et l’entretien de votre véhicule. Comme un co-voiturage géant. 

Il pourrait en être de même demain de nombre de biens que vous possédez peut-être encore mais que vous partagez déjà pour limiter vos coûts. Un empire économique posséderait tout et vous loueriez la mise à disposition. Posséderez-vous toujours un iPhone si cela vous revenait beaucoup moins cher de le louer et qu’il en faut déjà un neuf tous les ans pour être « à la page » ? Après tout, l’important ne réside t-il pas dans ces précieuses données personnelles que vous stockez dans le cloud ? Dans l’espace de stockage que vous louez pardon.

Les espaces d’échanges numériques (les réseaux sociaux) sont déjà une source d’informations considérable pour les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Une gigantesque plateforme de surveillance aussi. Tous ceux qui croient profiter d’un espace de liberté pour communiquer sur leurs initiatives personnelles devraient se méfier car ils se placent eux-mêmes sur une place de marché. Un bon « youtubeur », un artiste indépendant aux multiples « followers » finiront tous deux happés par une maison de production tentaculaire. Ces dernières verrouilleront demain la propriété de leurs oeuvres grâce aux nouvelles technologies numériques qui rendront la propriété intellectuelle ou non inviolable, notamment grâce à la blockchain. Concentration de la propriété, inviolabilité parfaite de celle-ci, mise en location. Tiercé gagnant.

La propriété d’un petit nombre qui ne peut rester ce qu’elle est par une mise à disposition permanente au profit des consommateurs est le stade ultime du capitalisme mais aussi et paradoxalement son terme. La vulnérabilité du petit nombre sera telle qu’il lui faudra endosser une fonction politique pour survivre : dominer l’obligera à devoir assurer la paix sociale, encourager et mener des politiques de charité pour les marginalisés du système (revenu universel minimum par exemple), encourager les échanges par le renouvellement systématique de l’offre (l’innovation, déjà encensée aujourd’hui).

C’est le retour au modèle socio-économique féodal. Le seigneur possède tout mais, en contrepartie, doit protéger ses gens contre la guerre et les calamités. Les gens, eux, profitent de ce que l’on appelait jadis des « communs »: four, moulin, puit. La rétribution de la mise à disposition, c’était l’impôt. Comme quoi, sous ses oripeaux ultra-progressistes, notre modernité est résolument réactionnaire !