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Le parti de Jean-Luc Mélenchon, la France Insoumise, a proposé de remplacer le drapeau de l’Union Européenne, flottant à l’Assemblée Nationale au côté du drapeau français, par le drapeau de l’Organisation des Nations Unies. Le motif invoqué, le caractère religieux des douze étoiles et du fond bleu, a déclenché une vive polémique.

La laïcité reprend des couleurs à l’extrême gauche. Un temps recyclée en synonyme de la liberté religieuse, un temps tenue pour confisquée afin de dissimuler une manoeuvre islamophobe, la laïcité, la dure, la vraie, est de retour. Doit-on y voir une volonté identitaire de galvaniser un électorat toujours friand de la tradition « bouffe-curé » ? Possible. Une agressivité réservée au seul christianisme du fait de l’absence de risque de représailles physiques ? Probable. Comme disait Marx, certains préfèrent mettre une claque à leur grand-mère. Mais il semble qu’il se distingue une raison plus profonde à cette polémique et c’est sans nul doute là que se loge l’unique intérêt de s’y attarder un peu. 

Les libéraux sont de mauvaise foi lorsqu’ils méprisent les membres de la France Insoumise, leur expliquant qu’ils se trompent et que les douze étoiles représentent les douze premiers États membres. Arsène Heitz, le père de l’emblème de l’Union, ne s’en est jamais caché. Lorsqu’il obtient que le cercle étoilé soit officiellement retenu, le 8 décembre 1955, l’Europe ne comporte alors que six membres. L’épisode biblique de la Vierge triomphant de l’Apocalypse fut l’inspiration non-dite mais de référence pour exprimer que le fédéralisme européen est le triomphe de la paix après le carnage de la Seconde guerre mondiale. Un classique à l’époque, nous y reviendrons. 

Pourtant, la FI n’est pas de meilleure foi. Jean-Luc Mélenchon ne dispose pas, dans son électorat, des bataillons de laissés-pour-compte, de chômeurs des zones désindustrialisées, d’ agriculteurs et de petits commerçants demeurant toujours, et bien malgré l’échec spectaculaire de son leader à la présidentielle, la propriété du Front National. Pour capter cette énorme réserve de voix, le chef charismatique de la France Insoumise connaît la recette : taper sur l’UE. Il n’a pas tord. Mais la colère populaire contre le fédéralisme européen n’est pas, comme le pensent les libéraux et une bonne partie de l’électorat FI, une colère à chaud, épidermique et passionnée, sans justification profonde. On ne peut se l’approprier au moindre coup de menton à l’attention de Bruxelles. 

Le protectionisme social, l’immigration de personnes non qualifiées et prêtent à travailler à n’importe quel prix, l’insécurité, le communautarisme, tous ces points sont autant de sujets de contestation dirigées à l’endroit de l’UE en tant qu’institution mas également en tant que symbole de l’idéologie de la globalisation. Tout un programme. Mélenchon sait cela également, pas sa base électorale. Pour cette dernière, citadine d’idéologie petite-bourgeoise, l’UE doit seulement se comprendre comme un club de patrons. On arrête pas le XIXème quand il charge sabre au clair. L’UE se combat donc, non pas sur ses principes fondateurs que cet électorat acquiesce, mais sur son appropriation par ce que la FI considère toujours comme le Mal dominant : une équipe de patrons propriétaires d’usines, bedonnant dans leur costard trois pièces, fumant le cigare sous leur chapeau haut-de-forme. Bien sûr patriarcaux, bien sûr catholiques. 

S’attaquer au drapeau, c’est donc faire d’une pierre deux coups: un petit côté laïcité anti-bourgeoisie catholique pour les uns, une attaque contre un symbole de la mondialisation pour les autres. Mais rien ne se passe comme prévu : l’effet d’annonce n’a eu qu’un temps. Le capital-sympathie que Mélenchon avait généré lors d’une sortie polémique sur le même sujet au jour de son entrée à l’Assemblée Nationale, lui a été restitué. Mais la justification a tout dégonflé. La façade souverainiste n’a pas fait deux jours. L’électorat Mélenchon ne l’aurait pas toléré bien longtemps. Derrière la peinture de mauvaise qualité, vite effritée, c’est le ciment gauchiste classique qui est apparu aux yeux de tous. Attaques contre la religion catholique tous azimuts sur fond de rébellion idéologique bidon. 

Particulièrement, et comme souvent ces temps-ci, c’est la charge menée contre le formatage chrétien de la culture occidentale (que la FI ne connaît que pour y déloger les réflexes honnis de l’Occident) qui est le plus mal passé. Il faut dire que partout dans le monde, les drapeaux, la monnaie ou encore la devise font assez régulièrement référence à la religion qui a accompagné l’histoire du pays. L’étoile et le croissant pour de nombreux pays islamiques, l’étoile de David pour Israël, « In god we trust » sur le Dollar américain, etc. En France, même dans une nation à la pointe de la laïcité, nous n’y échappons pas. Notre drapeau tricolore associe le monarchique et très chrétien blanc aux couleurs de Paris : le bleu et le rouge. Le rouge est une référence à la bannière de Saint-Denis. Allons-nous devoir le retirer également M.Mélenchon ?

Pire, le remplacement par le drapeau des Nations Unies, symbole trouvé à la va-vite pour brosser l’anti-souverainisme et l’alter-mondialisme des FI dans le sens du poil, fait apparaître avec une lumière crue la réalité de cette polémique : faire le « buzz » sur les réseaux sociaux sans espoir réel de mener une action véritable. Ce drapeau, qui date de la même époque que celui de l’UE, exprime la même idée via la même référence : la paix éternel passée l’hécatombe suprême de la Seconde guerre mondiale, le tout symbolisé par une référence biblique. Le monde enserré dans les rameaux est une figure d’inspiration chrétienne bien plus évidente que les douze étoiles. Lorsque la France Insoumise trouvera autre chose à faire que du racolage électoral, une référence biblique ne sera pas de trop. -MP