06 mai 2017

Chroniques d'une élection : Notre démocratie meurt de faim

La campagne présidentielle arrive à son terme. Enfin. Ce fut un mauvais moment à passer. Pour tout le monde. Je retiendrai le souvenir d’une célébration de la décérébration, d’une surenchère des postures moralisatrices et d’une vacuité idéologique aberrante. La réquisition de la scène politique par une poignée d’individus insignifiants, diplômés de pacotille, qui se rêvent en sauveurs d’une humanité fourvoyée a répondu à l’hystérie stérile de groupuscules minoritaires qui ne demandaient pas meilleure publicité. En l’absence d’échanges d’arguments, de visions sociales, sociétales, économiques ou écologiques de niveau technique honorable, on a sondé les coeurs et les âmes. D’inquisitions en anathèmes, de procès d’intention en buchers médiatiques, les e-prêtres connectés ont démontré que mêmes les intentions louables pouvaient se muer en démagogie maniaque. Pauvres de nous. Nous qui furent sur la barricade idéologique du « ni rouge, ni brun » que nous nous étions jurés de tenir jusqu’au bout lorsque, par une nuit de printemps de 2008 à Calais, les communistes tombaient. Depuis, notre rêve est devenu cauchemar: il n’y a plus de rouge ni de brun, juste la haine. Juste l’intolérance. Facebook est devenu l’oeil qui voit tout. Plus de discussion ni de débat avec l’adversaire ne sera désormais toléré. Le clocher politique est défendu aujourd’hui avec la dévotion du djihadiste alors que tous les clochers se ressemblent. Les programmes sont inutiles, la légitimité des combats des uns et des autres est d’ordre divin. Les cercles sociaux se rassemblent autour d’un avis centrifuge et tout échange, toute communication avec une formation extérieure est suspecte voire apostasique. L’excommunication est la sanction encourue, on courbe l’échine sous le poids de la morale. Au milieu de ce capharnaüm, c’est notre démocratie qui se meurt. Elle meurt de faim, de ne plus être nourrie par les idées et le débat nécessaire à leur maturation. Tout cela, pourtant, au nom de la démocratie.

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23 avril 2017

Chroniques d'une élection : le diable se cache parfois dans bébé

Le braillard du Paris-Lyon de cet après-midi peut légitiment être revendiqué par l’Etat Islamique. Un carnage. Me retrouvant bien malgré moi sur la ligne de front, aussi appelé club quatro, je m’assois et remarque la mère au regard craintif, placée en face de moi, qui tient dans ses bras le bourreau de mon dimanche. Il me fait face, en position assise sur les genoux de sa pauvre génitrice. À ce moment, et même si je m’inquiète déjà pour la quiétude du voyage, l’enfant sourit, paraît calme. Je l’ignore alors mais ce visage d’ange hantera mes cauchemars de train pour un temps encore indéterminé. Dès que le train s’ébranle, le gosse entre littéralement en irruption. Ça commence fort. Rouge écarlate, il donne tout. Je crois d’abord à une performance sur courte distance, qui amènera rapidement le chiard à l’épuisement, et replonge dans ma lecture. J’évaluais la situation en amateur. Ce nourrisson est l’enfant du démon, rien ne stoppe sa fureur. Après vingt minutes, je saisis que j’ai affaire à un athlète. Combattant sur tous les fronts, il est alors l’auteur d’un fumet insoutenable qui commence à embaumer le wagon. Il est un enfer ferroviaire dans lequel les passagers préféreraient peut-être encore que le train saute plutôt que d’avoir à subir ce genre d’attaque chimique. Mon avis sur l’interruption prématurée de la phase « couche » de bébé est désormais scellé. Soudain, alors que le père entreprend de le sortir du carré pour le changer (il était temps), le fils de Satan comprend que sa représentation est compromise et prend une mesure de rétorsion en rendant l’intégralité de son déjeuner sur le bras de son père, la table, sa mère, le sac de sa mère mais manque par miracle ma chaussure. Je manque de me signer par extrême reconnaissance envers cette intercession divine mais m’abstiens afin de ne pas attenter à une paix sociale ne tenant déjà plus qu’à un fil. Un fil justement, c’est maintenant ce qui retient Belzebuth junior à l’accoudoir du siège de sa mère. Il arbore un splendide regard de satisfaction, offrant ainsi un caractère démoniaque au rare retour au calme qu’ils nous aura concédé. Son paternel rouge pivoine n’est pas à son aise. Il tente un temps de manoeuvrer délicatement le corps de son fils pour le décrocher mais la substance manifestement trop fibreuse de son renvoi l’oblige à y aller plus franchement, avec les doigts, ce qui provoque une expression horrifiée sur le visage de l’adolescente rebelle -ma voisine- qui semble soudain avoir la révélation de l’importance de l’autorité parentale. Enfin tranquille, je m’essuie le front discrètement. Aujourd’hui, j’ai croisé le regard du malin en allant faire mon devoir de citoyen. J’espère qu’il n’y a rien de prémonitoire là dedans pour ce soir.

Posté par whopper119 à 16:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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